Dans ses mots
Je pensais juste y aller une fois.
- Ma mission
- Que personne ne se sente aussi seul que je me suis senti.
- Mon rêve
- Une fondation à la mémoire de mon fils.
- Jours courus
- 361
- Jours manqués
- 0

Rafaël est décédé il y a huit ans. Il avait deux ans. Sa deuxième fête, c'était sept jours avant son départ, parti si vite.
Les gens pensent que le pire, c'est la première année. Mais la première année, on te porte : tout le monde t'appelle, tout le monde passe te voir. C'est les années d'après que personne ne voit, quand le monde est passé à autre chose et que toi, non.
J'ai commencé à courir avant tout ça, à un moment où j'étais au fond du baril. J'essayais d'arrêter la cigarette, le cannabis, l'alcool et les médicaments que je prenais pour mon dos. Décrocher de tout ça en même temps, à un point où j'avais l'impression d'avoir tout perdu. Ma santé mentale, ma santé physique, ma santé émotive, ma famille, et la femme de ma vie.
Tout ce que je voulais, c'était qu'il soit fier de moi. Je me suis trompé bien des fois. Mais pour le revoir un jour, il fallait que je trouve mon chemin vers le ciel, et ça, ça me laissait pas mal d'ouvrage à faire. Pour être digne de lui.
Il y a presque huit ans, j'ai dit qu'un jour, je marcherais pour lui.
Alors, en septembre passé, j'ai commencé à courir à sa mémoire. Je voulais quelque chose à moi, quelque chose de dur et pourtant simple, et je voulais arrêter d'attendre que ça fasse moins mal de m'ennuyer de lui. Courir pour lui, pour ma famille, pour ma santé. Et courir loin des pensées et des habitudes contre lesquelles je me battais.
Je suis sorti au début de septembre. J'y suis retourné le lendemain, puis même une fois le mois fini, et je n'ai jamais arrêté depuis. Chaque jour, peu importe quoi, peu importe comment je me sentais, peu importe le temps dehors. Deux fois par jour, trois fois par jour, des fois à onze heures le soir. Sous la pluie, dans la tempête de neige, les jours où je ne voulais pas être là du tout.
Au fond, c'est juste ça. Une course, puis me lever le lendemain et recommencer, encore et encore. Huit ans plus tard, c'est ce qui se rapproche le plus de le porter avec moi.











